Les relations franco-cubaines depuis la période gaullienne

 

La question des relations franco-cubaines nous amène à nous pencher sur la continuité et la rupture de la politique extérieure française à l’égard de Cuba replacée dans une perspective historique. Pour mieux comprendre l’état des rapports bilatéraux actuels, il convient de s’interroger également sur la marge d’autonomie de la position française entre son orientation européenne d’une part, et sa politique atlantiste d’autre part.

Longtemps allié fidèle de la monarchie espagnole sous la période coloniale en raison d’intérêts stratégiques, économiques et commerciaux, le gouvernement français affiche au XXème siècle une neutralité officielle vis-à-vis de Cuba qui traduit une volonté de ne pas s’immiscer dans les « affaires américaines ».

Face à la Révolution cubaine et dans le contexte spécifique de la guerre froide, c’est bien une « politique de l’entre-deux » qui caractérise celle du général de Gaulle, partagé entre son respect du principe d’autodétermination des peuples et sa fidélité à l’Alliance atlantique. Tandis que la France cherche par le biais de l’intégration européenne à affirmer son indépendance, Cuba en proie aux offensives contre-révolutionnaires venues de l’extérieur, proclame officiellement en 1961 le caractère « marxiste-léniniste » de sa révolution et s’aligne sur le bloc soviétique. Or, paradoxalement, la crise des missiles à Cuba en 62, entraîne une rupture dans la politique extérieure gaullienne qui se tourne désormais vers les pays du Tiers-monde et l’Amérique Latine au développement prometteur, ouvrant la perspective d’une « troisième voie ». La convergence de fond entre Fidel Castro et de Gaulle sur la notion d’indépendance nationale et la critique de l’hégémonisme nord-américain a permit sans doute la mise en place d’une politique de coopération au niveau économique, culturel, technique et scientifique. Evoluant au gré des conjonctures politiques, elle se développe dans les années 70 et s’intensifie dans les années 80 et 90. L’implication du président François Mitterrand tant dans la construction européenne que dans la relance du dialogue Nord-Sud (sommet de Cancun et Convention de Lomé IV) consolide les liens entre l’Europe et les pays en voie de développement au moment où Cuba, isolée par la chute des régimes communistes, s’ouvre aux investisseurs étrangers.

Comment évolueront les relations franco-cubaines au sein de l’Union européenne, sachant que l’approfondissement de la coopération avec Cuba est soumis aux conditions exigées par la Commission européenne en matière des droits de l’homme ? Quel sera donc le rôle de la France dans le renforcement du dialogue politique dans une Europe élargie à 25 qui a bien du mal à élaborer une politique étrangère de sécurité et de défense commune ?

Longtemps négligée par la France, l’Amérique Latine est aujourd’hui au cœur des priorités économiques et commerciales européennes. L’UE est la principale source d’investissements étrangers et le second partenaire commercial de la région. A l’heure des négociations sur les accords de libre échange régionaux ou sous-régionaux entre l’UE et les pays de l’ALC, Cuba tente d’accélérer son processus d’intégration régionale. Sa participation de plus en plus grande aux négociations multilatérales d’organismes régionaux et internationaux ainsi que la réorientation de ses alliances avec l’Asie, l’Amérique du sud et le Canada s’intègrent bien dans une stratégie de lutte en faveur d’un nouvel équilibre mondial.